…pour repartir sur des bases prétendument saines.
Sandrine Morel s’installa en face de son mari, droite, étonnamment calme.
— Tu sais ce qui me surprend le plus ? Je ne ressens aucune colère. Mieux encore : une forme de reconnaissance.
Elle marqua une pause, puis poursuivit, posément :
— Grâce à toi, j’ai compris que je suis bien plus solide que je ne l’imaginais.
Ludovic Leclerc la regarda, décontenancé.
— Et maintenant, qu’est-ce que tu comptes faire ?
— Vivre, tout simplement. Ici. Dans mon appartement.
Peut-être que je vais enfin me consacrer à ce dont je rêvais depuis des années sans jamais oser. J’aurai du temps, pour moi, cette fois.
— Et Antoine ? demanda-t-il avec hésitation.
— Antoine Chevalier a vingt et un ans. Il est adulte. Je pense qu’il saura très bien observer lequel de ses parents agit avec dignité.
Ludovic se leva, fit quelques pas nerveux dans la cuisine.
— Sandrine… on pourrait peut-être trouver un arrangement. Je suis prêt à te verser une compensation.
— Une compensation ? répéta-t-elle, sincèrement interloquée.
— Pour… l’appartement. Pour toutes ces années ensemble.
— Donc, si je comprends bien, tu voudrais racheter mon logement afin d’y installer ta nouvelle compagne ?
— Ne le formule pas aussi brutalement…
— Comment alors ? Tu m’offres de l’argent pour que je renonce volontairement à un toit ?
Sandrine éclata de rire. Un rire clair, libéré, sans la moindre amertume.
— Tu sais quoi ? Avant, j’aurais accepté. Par pitié pour toi.
Je me serais dit : « Pauvre homme, il n’a pas fait exprès, il est juste tombé amoureux. »
Elle aurait fait ses valises, se serait réfugiée chez sa sœur, et se serait même excusée de ne pas avoir su le retenir.
Elle se leva et s’approcha de la fenêtre.
— Aujourd’hui, j’ai compris autre chose. Tu étais persuadé que j’étais une idiote docile, prête à tout endurer par confort.
Elle se retourna lentement.
— Et tu sais quoi ? Tu t’es trompé.
— Donc… tu ne comptes pas partir ?
— Non. C’est toi qui pars. Ce soir. Et uniquement avec tes affaires personnelles.
— Et si je refuse ?
Sandrine fixa son mari. Dans son regard, il n’y avait ni colère ni menace, seulement la sérénité de quelqu’un qui venait de prendre pleinement conscience de sa force.
— Dans ce cas, demain, Élodie Fournier apprendra que l’homme qu’elle aime n’est pas libre, mais bel et bien marié. Et elle découvrira aussi comment il envisageait de régler la question du logement.
Tu crois vraiment que ça lui plaira ?
Ludovic garda le silence.
— Tu as une heure, ajouta Sandrine. Mes amies arrivent à dix-sept heures. Je préférerais qu’elles n’assistent pas à cette triste mise en scène familiale.
Elle saisit le vaporisateur posé sur le rebord de la fenêtre et se mit à arroser les plantes.
L’appartement s’emplit d’un calme profond : seul le chuintement de l’eau se faisait entendre, mêlé aux grincements du parquet sous les pas pressés de l’homme qui rassemblait ses affaires.
Sandrine sourit à sa violette préférée.
La vraie vie ne faisait que commencer.
