— D’accord. Tout est clair. Honnête, même.
Il voulut encore argumenter :
— Mais l’appartement… On l’a quand même financé à deux. Les travaux, l’ameublement, tout ça…
— Les travaux ? répéta Sandrine Morel en relevant enfin les yeux vers lui. Ceux que mon père a réalisés de ses propres mains, sans demander un centime ?
Ou bien les meubles que j’ai payés avec mon salaire pendant que tu « cherchais ta voie » ?
— J’ai toujours travaillé ! protesta Ludovic Leclerc.
— Oui. Sauf que, bizarrement, ton argent servait surtout à tes plaisirs personnels, tandis que les dépenses familiales reposaient sur moi. Tu te souviens de ta justification ?
« Un homme doit avoir de l’argent à lui pour se respecter. »
Ludovic se tut.
Sandrine poursuivit, la voix calme mais implacable :
— Et je n’ai pas oublié non plus ce que tu disais à propos des enfants. D’abord que tu n’étais pas prêt. Puis, quand Antoine Chevalier est né, que la paternité t’angoissait.
Aujourd’hui pourtant, tu te vantes partout d’être un père exemplaire.
— Quel rapport ? lâcha-t-il, à bout d’arguments.
— Le rapport, c’est que tu n’as pas pris cette décision hier. Ni même la semaine dernière. Tout ça mûrissait depuis longtemps.
Elle posa le couteau, se tourna complètement vers lui.
— Dis-moi, Ludovic… Élodie Fournier apprécie l’appartement ? Ou bien vous envisagez autre chose ensemble ?
Il devint livide.
— Quelle Élodie ?
— Celle avec qui tu échanges des messages depuis six mois. Huit ans de moins, collègue dans ton entreprise, pas d’enfants, mais très envie d’en avoir. J’ai bonne mémoire, non ?
— Tu m’espionnais ?
— Inutile. Tu t’es dénoncé tout seul. Tu te rappelles ce soir, il y a trois semaines ? Tu es rentré rayonnant, parlant d’une collaboratrice brillante, pleine d’avenir.
Et le lendemain, comme par hasard, tu t’es offert une chemise neuve.
Sandrine attrapa un torchon et s’essuya les mains.
— Tu as aussi changé tes habitudes : douche le matin au lieu du soir, nouveau parfum, inscription à la salle de sport — une première depuis dix ans.
— Sandrine…
— Sans parler du téléphone. Avant, tu le laissais traîner n’importe où. Maintenant, tu l’emmènes même dans la salle de bains.
Et ce sourire constant quand tu fixes l’écran…
La montre connectée de Ludovic vibra. Il jeta un coup d’œil machinal, puis rabattit aussitôt sa manche.
— C’est Élodie qui t’écrit ? demanda Sandrine avec une curiosité presque détachée.
Il s’affaissa sur une chaise.
— Je n’avais rien prémédité…
— Rien prémédité ? Tomber amoureux, ou te faire prendre ?
— Tout s’est fait sans que je le veuille. On discutait au travail, puis…
— Puis tu as décidé qu’il serait plus simple que je parte. Astucieux.
L’appartement reste pour toi, ton image reste intacte — après tout, c’est ta femme qui s’en va, donc elle est forcément en tort. Et avec Élodie, tu peux commencer une nouvelle histoire sans avoir l’air du coupable…
