Elle avait vendu sa petite chambre en colocation et lui avait dit, simplement :
« C’est pour ton avenir. »
En fin de compte, cet argent avait bien servi — à leur avenir commun.
Ludovic Leclerc resta silencieux.
— Et le bien a été enregistré à mon nom. À l’époque, tu n’avais pas d’emploi stable, tu cherchais encore ce que tu voulais faire de ta vie. De mon côté, la banque exigeait des justificatifs de revenus pour accorder le prêt.
Elle marqua une pause.
— Tu te souviens, maintenant ?
— Mais enfin… nous avions… On s’était mis d’accord…
— Oui, sur le fait que tout serait à nous deux. Et c’était vrai, répondit Sandrine Morel sans élever la voix. Jusqu’au jour où tu as décidé que tout devait être partagé, calculé, découpé.
Elle se rassit, reprit sa tasse. Le café avait refroidi, pourtant elle en but une gorgée.
— Tu sais, Ludovic, j’ai réalisé quelque chose. Tu as raison sur un point : nous devrions effectivement prendre des chemins séparés.
— Ah bon ? fit-il, un regain d’énergie dans la voix, même si une inquiétude fugace traversa son regard.
— Oui. Et puisque tu rêves tant de repartir à zéro, faisons-le proprement, sans faux-semblants.
Elle posa la tasse.
— Je reste ici. Cet appartement m’appartient. Quant à toi, tu te trouveras un autre logement. De ton côté. Avec ton argent.
— Sandrine, on peut quand même discuter, trouver un arrangement humain…
— Et qu’y a-t-il de plus humain ? demanda-t-elle avec un sourire calme. Tu voulais la liberté — tu l’as. Sans restriction.
Il s’assit face à elle. Sa chemise soigneusement repassée lui sembla soudain déplacée.
— Mais je n’ai pas les moyens de louer quoi que ce soit, là, tout de suite…
— Et moi, je n’ai aucune envie de continuer à t’entretenir. Tu l’as dit toi-même : nous sommes des adultes responsables.
— Je pensais qu’on réglerait ça sans conflit…
— C’est exactement ce que nous faisons. Personne ne crie, personne ne fait de scène. Chacun repart avec ce qu’il désirait.
Elle leva les yeux vers lui.
— Tu voulais que je parte. Finalement, c’est toi qui fais tes valises. Où est l’injustice ?
Sandrine se leva, emporta sa tasse jusqu’à l’évier. Sur l’écran de son téléphone clignotait une notification : la livraison des courses, commandées la veille, arrivait bientôt.
— J’ai besoin d’un peu de temps pour réfléchir, marmonna Ludovic.
— Bien sûr, répondit-elle en rinçant la tasse. Mais n’éternise pas les choses. Des amies passent ce soir.
Elle esquissa un sourire bref.
— J’aimerais éviter toute explication conjugale devant elles.
Il se réfugia dans la chambre. Elle l’entendit téléphoner, la voix basse, nerveuse. Quand la livraison arriva, Sandrine rangea les sacs, sortit les légumes et se mit à cuisiner.
Ses gestes étaient posés, réguliers, presque apaisants.
Une demi-heure plus tard, Ludovic revint dans la cuisine.
— Sandrine… Et si on s’était précipités ? On pourrait en reparler, calmement.
— Reparler de quoi ? demanda-t-elle sans quitter la planche à découper des yeux. Tu as déjà fait ton choix. Et moi, je suis d’accord.
