«Je change les serrures» — dit-elle d’un ton glacial en lui ordonnant de faire ses valises

Enfin libre, fière et délicieusement vindicative.
Histoires

…supprime les captures d’écran. Demande aussi à tes amies d’effacer tout ça. Je ne peux plus mettre le nez dehors, tout le monde croit que…

— Que tu étais entretenu ? C’est la vérité. Pendant cinq ans, tu as vécu à mes crochets. Pas une seule journée de travail, pas un centime investi nulle part. Tu attendais seulement l’instant propice pour partir avec l’argent. Ça n’a pas marché.

Ludovic Perrin resta muet. Sa gorge se serra, il déglutit.

— Je n’effacerai rien. Assume. Comme j’ai dû le faire, moi.

Elle coupa la communication, puis bloqua le numéro. Devant la fenêtre, elle observa la rue : la pluie avait cessé, le trottoir luisait sous les réverbères.

Deux mois passèrent. Sophie Garnier reprit pleinement son activité — la boutique de vêtements pour enfants, devenue entre-temps une petite chaîne. Fournisseurs, contrats, nouvelles collections. Mais désormais, plus d’appels impatients demandant « tu rentres quand ? », plus d’angoisse liée aux retards répétés.

Un matin, son assistante, Élodie Faure, passa la tête dans le bureau et déposa un téléphone sur le bureau.

— Madame Garnier, on vous a écrit en message privé. Excusez-moi, je suis tombée dessus par hasard… mais vous devriez lire.

Compte inconnu. Claire Montagnier.

« Bonjour. Étiez-vous mariée avec Ludovic ? Je suis Claire. Il a disparu il y a six mois, sans explication. Je pensais que le problème venait de moi. J’ai découvert récemment la vérité — il m’a menée en bateau, puis vous, puis Manon. J’ai compris que je n’y étais pour rien. C’est lui. Merci de m’avoir ouvert les yeux. »

Sophie répondit simplement :

« Je vous en prie. Prenez soin de vous. »

Elle referma la conversation. Claire n’appartenait pas à son histoire.

Le soir, Sophie rentra à pied en traversant le parc. Les lampadaires diffusaient une clarté laiteuse. Son téléphone restait silencieux. Personne ne réclamait d’explications.

Chez elle, elle se changea, se servit un verre d’eau et s’assit près de la fenêtre. La ville vivait — lumières, voitures, mouvement. Ludovic quelque part. Manon. Claire. Tous continuaient leur route.

Sophie ouvrit un tiroir et en sortit le bracelet en argent. Elle le contempla : usé, inutile. Elle se leva, ouvrit la fenêtre et le jeta dehors. Le bijou heurta la pierre dans un bruit sec, englouti par l’obscurité.

Elle referma la fenêtre et se rassit.

Le silence était total.

Pour la première fois en cinq ans — il lui appartenait.

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