«Je change les serrures» — dit-elle d’un ton glacial en lui ordonnant de faire ses valises

Enfin libre, fière et délicieusement vindicative.
Histoires

… « je ne pars pas en claquant la porte — il faut fermer ça proprement, sans que l’argent s’évapore. »

Plus bas apparaissait un autre prénom. Claire Montagnier. Quarante-deux ans, divorcée, deux enfants. Les mêmes promesses recyclées : « Encore un peu de patience, je serai libre. » « Ce vieux naïf ne se doute de rien. » Des messages vieux de trois mois, puis plus rien. Le silence.

Manon n’était qu’un épisode de plus.

Sophie Garnier créa alors un compte anonyme. Pas de photo, pas de trace. Elle écrivit directement à Manon Roussel :

« Tu fréquentes Ludovic Perrin. Mais tu n’es pas la première. Avant toi, il y avait Claire — voici les messages. Tu n’es que la suivante. Réfléchis-y. »

Elle joignit les captures d’écran, appuya sur “envoyer”, puis posa le téléphone. Son cœur battait vite — pas sous l’effet de la peur, mais d’un soulagement brutal, presque physique.

Elle envoya le même message à deux autres personnes : des amies de Manon, celles qui parsemaient chacune de ses publications de cœurs enthousiastes. Cela suffirait.

Trois jours plus tard, Ludovic Perrin appela depuis un numéro inconnu.

— Qu’est-ce que tu as fait ?!

— J’ai changé les serrures.

— Pas les serrures ! Manon ! Tu lui as écrit ! Tu as balancé toute cette saleté à ses amies !

Sophie s’assit sur le rebord de la fenêtre. Dehors, la pluie brouillait la ville.

— Ce n’est pas de la saleté. Ce sont tes mots. Des captures d’écran. Tu les as écrits, je me suis contentée de les montrer.

Il haletait, au bord de l’explosion.

— Tu te rends compte de ce que tu as déclenché ? Elle l’a raconté à tout le monde ! Ses amies ont mis ça en story, même des collègues ont vu ! On ne parle que de moi !

— Personne ne t’a humilié. Tu t’es chargé de le faire toi-même, le jour où tu as eu deux femmes en même temps et où tu m’as traitée de pigeon plein aux as.

— Tu es folle ! Vieille, frustrée ! Tu ne supportes pas que je sois parti !

Sophie écoutait sans l’interrompre. À l’intérieur, le dernier fil céda — celui auquel elle s’accrochait encore.

— Je ne suis pas partie. J’ai voulu vivre pour moi. Tu m’as toujours trouvée rigide, glaciale. Vivre avec moi t’était insupportable.

— Ce qui était insupportable, c’était que mon argent parte pour Manon. Et avant elle, pour Claire.

Il se tut.

— Comment tu as su ? Tu m’espionnais ?

— Non. Tu n’as simplement jamais effacé tes messages. Et moi, je les ai lus.

Un silence épais suivit, puis un soupir rageur, usé.

— D’accord. Très bien. Tu as gagné. Je m’en vais. Je veux juste…

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