«Je change les serrures» — dit-elle d’un ton glacial en lui ordonnant de faire ses valises

Enfin libre, fière et délicieusement vindicative.
Histoires

Il eut un sursaut.

— Tu as tout lu ? Tu as fouillé dans mon téléphone ? Tu appelles ça comment, exactement ?

— J’appelle ça le fait que tu l’as laissé traîner sur la table de la cuisine pendant deux jours, répondit Sophie Garnier sans hausser la voix. Je l’ai ouvert par hasard. J’ai vu le prénom de Manon Roussel. Après ça, le reste était évident.

Ludovic Perrin se leva brusquement, fit quelques pas nerveux dans la pièce, puis passa la main dans ses cheveux, comme pour se donner une contenance.

— D’accord. Oui, il y a quelqu’un. Et alors ? Ça ne veut rien dire. C’est juste… pour tromper l’ennui. Toi, tu travailles sans arrêt, tu n’es jamais là. Tu voulais que je fasse quoi, que je moisisse entre ces murs ?

Sophie ramassa le bracelet posé près d’elle et le fit tourner lentement entre ses doigts.

— Tu l’as retiré le jour où elle t’a dit que l’argent, c’était bon pour les vieux. Pas vrai ?

La mâchoire de Ludovic se contracta.

— N’insiste pas.

— Je n’insiste pas, dit-elle calmement. Je termine.

Elle se leva et se dirigea vers le couloir. Il tenta de la retenir en lui attrapant l’épaule. Sophie se retourna vivement ; il recula d’un pas, déstabilisé.

— Tu crois que sans ton argent je ne suis rien ? Que tu peux me faire peur ? Je trouverai ailleurs. Je ne suis pas une gamine.

— Tu trouveras, oui. Mais pas ici. Fais tes valises. Demain, je change les serrures.

Il resta figé, puis éclata d’un rire bref, dur.

— Tu me mets dehors ? De l’appartement que j’ai aménagé pendant cinq ans ?

— De l’appartement dont les papiers sont uniquement à mon nom. Et que tu as aménagé avec mon argent.

Il partit à l’aube, claquant la porte si fort que les vitres en tremblèrent. Sophie resta assise dans le salon, immobile, à écouter le silence retomber. Cinq années à bâtir cette vie. Il était là, à ses côtés. Il disait les mots qu’il fallait. Elle n’avait jamais demandé grand-chose — seulement qu’il soit présent.

Il l’était. Mais pas pour elle.

Ses mains tremblaient. Elle les serra l’une contre l’autre, sans réussir à calmer le frisson. Une envie la traversa : l’appeler, lui dire de revenir, de parler. Elle savait pourtant que ce serait un piège — celui qu’on tend quand la solitude effraie plus que l’humiliation.

Sophie prit son téléphone. Le code, elle le connaissait depuis longtemps. Elle fit défiler les messages. Manon Roussel. Vingt-huit ans, responsable SMM. Voyante, ambitieuse. Les phrases s’enchaînaient : « Je règle ça bientôt, ma chérie. L’autre devient complètement parano », et Sophie comprit que ce qu’elle lisait n’était que le début.

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