«Je change les serrures» — dit-elle d’un ton glacial en lui ordonnant de faire ses valises

Enfin libre, fière et délicieusement vindicative.
Histoires

— Les fonds sont à sec, mon lapin ? lança-t-il d’un ton faussement léger.

— Non. Simplement, tu n’y as plus accès.

Ludovic Perrin rentra dans l’appartement aux alentours de minuit. Il traînait derrière lui une odeur familière de son parfum, mêlée à une note sucrée, étrangère, qui n’avait rien à faire là. Sophie Garnier était assise dans la cuisine. Devant elle, posé sur la table, brillait faiblement le bracelet en argent — celui qu’il lui avait offert pour leur premier anniversaire. Depuis trois mois, elle ne le portait plus. Elle disait qu’il lui irritait la peau.

Il passa près d’elle sans qu’elle ne lève les yeux. Seul le tintement sec des clés rompit le silence.

— Pourquoi tu ne dors pas ? demanda-t-il.

Elle ne répondit pas. Son regard restait fixé sur le bijou : un peu usé, mais intact. Elle l’avait retrouvé le matin même, caché au fond d’un tiroir, sous une pile de chaussettes. Il n’avait jamais disparu. Il avait été dissimulé.

— Je suis crevé, reprit-il. La réunion s’est éternisée, les partenaires m’ont assommé de questions.

Sophie releva enfin la tête. Lui avait trente-cinq ans. Elle, cinquante-six. Pendant cinq ans, elle s’était convaincue qu’il n’était pas venu pour son argent.

— Quelle réunion ? demanda-t-elle calmement.

Ludovic esquissa un sourire et ouvrit le réfrigérateur.

— Du boulot. Tu sais bien, je lance le projet. C’est du sérieux.

Le fameux « projet ». Celui qu’elle finançait depuis six mois, sans contrat, sans résultats. Uniquement des tickets : restaurants, boutiques, stations-service de province.

Sophie prit son téléphone et le posa sur la table, écran allumé. La conversation avec Manon Roussel s’affichait clairement. Il n’avait même pas essayé de la cacher.

— Écoute, demain matin je dois encore sortir tôt, dit-il comme si de rien n’était. Tu peux me donner la carte ? J’ai atteint le plafond.

Un léger sourire étira les lèvres de Sophie.

— La carte ? Elle n’existe plus.

Il fronça les sourcils.

— Comment ça, elle n’existe plus ?

— Aujourd’hui, j’ai bloqué tous les accès à mes comptes. À partir de maintenant, plus rien ne fonctionnera pour toi.

Un silence lourd s’abattit. Il la regarda comme si elle venait de changer de langue. Puis, très lentement, il s’assit en face d’elle.

— Sophie, qu’est-ce que tu fabriques ? On est une famille.

— On l’était.

Il tenta de sourire, sans y parvenir. Son expression resta crispée. Il voulut lui prendre la main — elle retira la sienne aussitôt.

— C’est quoi cette crise puérile ? Tu t’es vexée pour une broutille ? Parlons calmement, je vais t’expliquer.

— Ce n’est pas nécessaire, répondit-elle. J’ai tout lu.

Son visage se ferma, et quelque chose passa dans son regard, annonçant que la discussion était loin d’être terminée.

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