Des fragments subsistaient encore : « essoufflé », « attends », « blessé », « on entend des voix ». L’écriture, nerveuse et irrégulière, ne laissait guère de doute : c’était celle de Lucas Herrera.
Une phrase, surtout, fit l’effet d’un coup de froid dans la grotte et cloua l’équipe sur place.
« Je ne peux plus bouger.
Elle doit rester… »
La note s’arrêtait là, brutalement.
« Lucas était touché, » murmura Gérard Morel après un long silence.
« Et Maëlys… elle respirait encore. »
Pourtant, aucun corps ne fut retrouvé.
Plus troublant encore, quelqu’un avait compté le temps. Sur la paroi rocheuse, trois entailles verticales se répétaient avec une régularité obsédante. Une trentaine de marques au total.
Près d’un mois d’enfermement.
À mesure que la tension montait, le périmètre des recherches s’étendait. C’est alors qu’un indice inattendu surgit : une corde moderne, solidement fixée, manifestement récente, qui ne correspondait à aucun équipement recensé — ni celui des disparus, ni celui des secours.
« Quelqu’un d’autre est passé par ici, » lâcha Morel en fixant la pierre muette.
La montagne, elle, ne livra aucune réponse.
Jusqu’au lendemain.
Le troisième jour devint décisif. Bien au-dessus de la cavité, dans un boyau quasi vertical, les sauveteurs repérèrent une trace de pas à peine marquée — fraîche, trop fraîche pour dater de cinq ans.
Et surtout trop légère pour appartenir à un adulte.
Quelques heures plus tard, dissimulé sous des pierres instables, un petit pendentif en forme d’étoile fut mis au jour.
Celui de Maëlys.
Elle ne s’en séparait jamais.
Puis survint la découverte qui fit taire toute la vallée. Sur une corniche masquée par des broussailles sèches reposait une trousse de premiers secours en métal, oxydée mais placée avec soin.
À l’intérieur : des bandages, des restes de médicaments… et un message plié méthodiquement, protégé par du plastique.
Gérard Morel l’ouvrit avec précaution.
Le tracé tremblé était sans équivoque : Lucas Herrera.
« Si quelqu’un trouve ceci, aide-la.
Elle n’y est pour rien.
Il est revenu, mais il n’était plus le même.
Nous ne pouvions pas redescendre.
Nous avons essayé d’appeler.
Si Maëlys est encore en vie, qu’on la protège. »
