…se préparait à affronter des réponses dont personne n’était certain de vouloir réellement entendre le contenu.
Mais la montagne, elle, refusait de livrer ses secrets.
La fissure n’offrait qu’une ouverture d’à peine cinquante centimètres. Elle s’enfonçait brutalement dans la roche, plongeant vers les entrailles du massif tout en s’élevant bien au‑delà du champ de vision. Certains avancèrent l’hypothèse que Lucas Herrera avait tenté d’emprunter ce passage étroit — à la recherche d’un abri ou d’un raccourci — et qu’il s’y était retrouvé piégé avec Maëlys Fournier.
Pourtant, Gérard Morel releva aussitôt plusieurs incohérences.
Le sac à dos présentait très peu de traces d’usure. Quant à la carte, elle comportait un marquage récent au crayon, absent des copies analysées lors de l’enquête de 2020.
« Ça ne tient pas debout… », murmura-t-il.
« S’il a tracé cela après s’être perdu, dans quel but ? »
La réouverture du dossier se transforma rapidement en dédale d’hypothèses et de contradictions.
À l’aube suivante, en s’engageant plus profondément dans la faille, l’équipe fit une découverte qui bouleversa l’ensemble du dossier.
Dès les premières lueurs du jour, les sauveteurs entamèrent la descente. La crevasse semblait avaler les cordes, étouffer les lampes. Huit mètres plus bas, ils repérèrent un morceau de tissu rouge : un fragment de la veste de Lucas Herrera. Il n’était pas arraché par une chute, mais déchiré net, comme volontairement abandonné.
« Il balisait son chemin, expliqua Morel. Il voulait qu’on le retrouve. »
Trois mètres plus bas encore, une autre anomalie apparut : un emballage métallique de ration alimentaire, dont la date de péremption dépassait de deux ans celle de la disparition.
« Quelqu’un aurait pu survivre ici ? », souffla un technicien.
« Ou quelqu’un les a retrouvés, répondit Morel. Et s’est tu. »
Plus loin, la fissure s’élargissait en une cavité irrégulière. Sous une couche de poussière reposaient les vestiges d’un campement improvisé : couverture thermique, conserve vide, morceaux de corde — et, détrempé dans un angle sombre, un second carnet.
La plupart des pages étaient illisibles, mais quelques mots subsistaient encore, griffonnés d’une écriture tremblante, s’interrompant sur une phrase inachevée qui allait bientôt glacer toute l’équipe.
