Le calme s’installait pleinement. Un silence feutré, presque protecteur.
Camille se surprit à mesurer le chemin parcouru au fil des deux dernières années. Tout avait changé, en profondeur. Elle comprenait désormais que la vengeance n’était ni un fracas ni une ruine laissée derrière soi. La véritable revanche, c’était de façonner une existence si pleine que celui qui avait trahi ne pouvait que constater ce bonheur auquel il n’aurait plus jamais part. Sans lui. Malgré lui.
Romain Lefort avait reçu exactement ce qu’il avait semé. Monique Delattre également. Quant à Laura Mendes, elle était repartie d’où elle était venue, comme une parenthèse qui se referme. Et Camille, elle, avançait. Simplement. Résolument.
Un souvenir remonta, précis, presque coupant. Le couloir du tribunal, deux ans plus tôt. Le carrelage froid sous ses pieds, la chemise cartonnée serrée contre elle, et cette phrase lancée avec mépris, d’une voix qu’elle reconnaîtrait entre mille :
« Vas-y, pars. Les crédits, maintenant, c’est pour toi. »
Ce jour-là, elle n’avait pas répondu. Pas un mot. Mais ce silence n’était pas une capitulation. Il marquait le point de départ.
Son père lui avait transmis l’essentiel, bien avant tout cela. Ne jamais absoudre ceux qui transforment la gentillesse en faille. Refuser de se taire quand la vérité réclame d’être dite. Continuer d’avancer même lorsque tout semble perdu.
Dans la vitre assombrie, son reflet lui renvoya l’image d’une femme qu’elle reconnaissait à peine. Celle qui sortait du palais de justice autrefois s’était effacée. À sa place se tenait quelqu’un de différent. Plus solide. Délivrée. Intensément vivante.
Depuis la cuisine, Julien Marchand l’appela pour passer à table. Camille se leva lentement, jeta un dernier regard vers la rivière plongée dans l’ombre, puis rejoignit la lumière. Elle allait vers les siens. Vers son présent. Vers cette vie reconstruite de ses propres mains, née des cendres et de la douleur, mais débarrassée de toute amertume.
Romain, de son côté, avait sablé sa prétendue victoire judiciaire. Il croyait avoir gagné. Deux mois plus tard, la réalité le rattrapa : ce divorce tant exhibé lui avait coûté bien plus qu’il ne l’imaginait — la liberté de décider pour lui-même, ses biens, sa mère, sa maîtresse, et même l’idée d’un avenir stable.
Camille, elle, continuait simplement de vivre.
Et c’était là, sans éclat ni bruit, sa plus éclatante victoire.
