La réponse de l’huissier tomba, glaciale, sans la moindre inflexion humaine :
— Un accord amiable ne vous exonère pas des poursuites pour usage détourné de fonds. Votre présence est exigée.
Romain Lefort lança son téléphone sur le siège passager et, les mains tremblantes, composa le numéro de sa mère.
— Maman… elle m’attaque en justice. Elle réclame le remboursement de tous les crédits. Elle affirme que j’ai détourné l’argent.
Monique Delattre inspira si brusquement qu’il l’entendit distinctement à l’autre bout du fil.
— C’est absurde. Elle n’a pas les moyens de se payer des avocats. Ce n’est qu’une comptable, elle ne peut rien faire.
— Si, elle le peut, murmura-t-il. Elle a des preuves. Des virements, des photos, tout ce qu’il faut.
— Alors fais pression sur elle. Dis-lui qu’elle était au courant, que c’était des dépenses communes.
— Ça ne marchera pas, répondit Romain en serrant le volant jusqu’à en avoir mal aux doigts. Tout était calculé depuis le début.
Le lendemain, Monique Delattre appela Camille Renaud. Sa voix restait hautaine, mais la tension perçait derrière chaque mot.
— Camille, c’est moi. Nous devons parler. Tu ne réalises pas ce que tu fais. Romain est mon fils, et je ne te laisserai pas le détruire.
Camille activa le haut-parleur et échangea un regard avec Élodie Caron, assise face à elle. Celle-ci sortit calmement un enregistreur.
— Parlez, Monique Delattre. Je vous écoute. Et j’enregistre.
Un court silence s’installa, puis la voix reprit, dure :
— Tu te crois plus maligne que nous ? Tu penses pouvoir nous intimider ? On trouvera comment t’arrêter, comme on a arrêté ton père.
Camille esquissa un sourire froid.
— Comme lorsqu’il a été menacé avec un contrôle fiscal ? J’ai sa lettre. Il y explique tout. Vous voulez que je la transmette à la police avec cet enregistrement ?
Le silence fut total, suivi d’un déclic sec : la ligne venait d’être coupée.
Élodie éteignit l’appareil.
— Elle ne rappellera plus.
— Je le sais, répondit simplement Camille.
Laura Mendes apprit l’existence du procès par Romain lui-même. Il se présenta chez elle en soirée, une bouteille de vodka bon marché à la main.
— Je vais devoir tout vendre. L’appartement, la voiture. Les biens sont saisis. Camille va gagner, j’en suis sûr.
Laura, immobile près de la fenêtre, ne se retourna pas.
— Romain, je n’ai rien à discuter. Tu disais être propriétaire, avoir de l’argent, nous promettais une vie stable. Et maintenant, tu es ruiné.
Il tenta de s’approcher, elle recula aussitôt.
— Pars. J’ai besoin d’un homme qui assure, pas de quelqu’un qui passe sa vie au tribunal. Va-t’en.
Il resta figé au milieu de cet appartement devenu soudain étranger. Laura ouvrit la porte.
— Sors. Et ne m’appelle plus.
Le procès s’étira sur deux mois. Romain se défendit maladroitement, répétant que l’argent servait au foyer, que Camille était informée. Mais il n’avait rien à opposer aux relevés bancaires, aux photos, aux témoignages précis réunis contre lui.
La juge, une femme âgée au regard fatigué, rendit sa décision sans détour :
— Romain Lefort est condamné au remboursement intégral des sommes dues. Les biens restent sous saisie jusqu’au règlement complet.
Romain s’agrippa au bord de la table. Monique Delattre pâlit et porta une main à sa bouche.
Une semaine plus tard, une procédure pénale fut ouverte pour escroquerie : Romain avait falsifié la signature de Camille sur plusieurs contrats de crédit. L’expertise graphologique confirma les faits. Quatre ans avec sursis. L’inventaire de ses biens fut dressé, et les huissiers repartirent avec les clés de l’appartement et du véhicule.
Ainsi se résumait son « divorce du siècle » : privé à la fois de la maîtrise de sa vie et de tout ce qu’il possédait.
Monique Delattre quitta son logement et alla s’installer chez sa sœur, en région parisienne. L’accueil y fut glacial.
— Vis discrètement, lui lança-t-on. Sans faire de vagues, parce qu’ici, personne n’a l’intention de porter ton fardeau à ta place.
