— C’est fait, maman. Elle a signé. L’appartement et la voiture sont à moi. Les crédits, c’est pour elle.
Romain Lefort parlait au téléphone juste devant les portes du tribunal, sans même chercher à baisser la voix.
À quelques pas de lui, Camille Renaud se tenait immobile, les doigts crispés sur une chemise remplie de documents. Lorsqu’il se retourna et croisa son regard, un sourire moqueur étira ses lèvres.
— Tu es encore là ? Allez, file. Maintenant, tu dois retourner travailler et rembourser tes dettes.
Elle ne répondit pas. Camille fit simplement demi-tour et s’engagea dans le couloir, sans se retourner une seule fois. Romain la suivit des yeux, puis reprit la conversation comme si de rien n’était.
— Non, elle n’a même pas essayé de discuter. Je te l’avais dit, tout s’est passé exactement comme prévu.

Une fois dehors, Camille héla un taxi et donna l’adresse du café « Le Monde Gourmand ». Près de la baie vitrée, Henri Lemoine l’attendait déjà. Le notaire ne perdit pas de temps en formules inutiles.
— Vous avez tenu bon, déclara-t-il en lui tendant une enveloppe scellée. Ceci vient de votre père. Il me l’a confiée il y a trois ans, juste avant sa mort. Il m’a demandé de ne vous la remettre qu’après votre divorce.
Camille prit l’enveloppe sans l’ouvrir.
— Il savait que tout finirait ainsi ?
— Oui. Et il a tout prévu. Le réseau de boulangeries « Plaisir Brioché », dix-sept établissements, vous appartient. Juridiquement, vous en êtes propriétaire depuis six mois, mais il m’a demandé d’attendre ce moment précis.
Henri Lemoine sortit ensuite une seconde chemise, épaisse, maintenue par un élastique.
— Et ceci est un dossier. Sur votre ex-mari et sa mère. Votre père a rassemblé ces éléments pendant deux ans. Vous y trouverez absolument tout. Lisez-le tranquillement chez vous et décidez de la suite.
Camille rangea l’enveloppe et le dossier dans son sac, hocha la tête et quitta le café sans même toucher à sa boisson.
Chez elle, elle ouvrit enfin la lettre de son père. L’écriture, droite et ferme, lui serra la gorge.
« Ma petite Camille, si tu lis ces lignes, c’est que tu es libre. Pardonne-moi mon silence. Romain et sa mère me faisaient chanter à cause d’une vieille affaire fiscale. Ils menaçaient de me dénoncer si j’essayais de t’avertir. Mais je n’ai jamais cessé d’agir. Dans le dossier, tu trouveras tout ce qu’il te faut. Ne pardonne pas. Vis. »
Les documents confirmèrent chaque mot. Relevés bancaires. Photos de Romain avec Laura Mendes. Copies de messages. Virements effectués depuis ses cartes de crédit vers la société de Romain, puis transférés sur le compte de Laura. Loyers, cadeaux, voyages.
Camille observa longtemps les chiffres et les images, puis saisit son téléphone.
— Élodie ? C’est Camille Renaud. Tu m’avais dit pouvoir m’aider pour mes crédits… J’ai besoin d’un rendez-vous. Demain. Oui, c’est urgent.
Élodie Caron, conseillère financière aux gestes rapides et au visage marqué par la fatigue, étala plusieurs feuilles devant elle.
— Regarde bien. Chaque prêt contracté est parti directement sur les comptes de l’entreprise de ton mari. Ensuite, l’argent arrivait chez Laura. Ces dettes ne sont pas les tiennes. Il a vécu à tes frais. Tu peux engager une procédure. Le droit familial est clair : lorsqu’un conjoint contracte des dettes pour son usage personnel sans accord, il en répond seul.
Camille posa le dossier de son père sur la table.
— J’ai des preuves solides.
Élodie feuilleta les documents et laissa échapper un sifflement.
— Avec ça, il est fini. Juridiquement parlant.
Dix jours plus tard, Romain reçut une convocation officielle. Assis dans son SUV, garé devant l’immeuble de Laura Mendes, il relut plusieurs fois le document sans y croire.
— Quelle saisie encore ? Tout était réglé, elle a signé !
La voix de l’agent judiciaire, froide et parfaitement indifférente, résonnait déjà à l’autre bout du fil.
