« Je ne peux plus bouger. Elle doit rester… » — la dernière note d’Antoine, dépliée d’une main tremblante dans la trousse de secours

Bouleversant et injuste, l'espoir refuse de mourir.
Histoires

Les mots rescapés du carnet formaient une litanie brisée : « je n’y arrive plus », « attends », « blessé », « on entend des voix ». L’écriture, tremblée mais reconnaissable, ne laissait guère de doute : c’était celle d’Antoine Rivas. Une phrase, surtout, glaça l’ensemble de l’équipe et suspendit les respirations :
« Je ne peux plus bouger.
Elle doit rester… »
La note s’interrompait là, sans explication.

Philippe Lenoir rompit le silence d’une voix étouffée. Antoine avait été touché, sérieusement. Et Élise Vautrin, elle, respirait encore à ce moment-là. Pourtant, aucune dépouille n’avait été retrouvée dans la cavité ni aux abords. Plus troublant encore : quelqu’un avait compté le temps. Sur la paroi, des entailles verticales, répétées avec une obstination presque maniaque, s’alignaient par séries. On en dénombrait au moins une trentaine. Un mois d’enfermement. Un mois à attendre.

À mesure que l’angoisse montait, le périmètre des recherches s’étendait. Puis surgit un indice dérangeant : une corde moderne, solidement amarrée, manifestement récente. Elle ne correspondait à aucun équipement recensé, ni à celui des disparus, ni à celui des équipes de secours.
« Quelqu’un d’autre est passé par ici, » murmura Lenoir en fixant la roche muette.
La montagne, elle, demeura sourde.

Le lendemain, pourtant, un signe répondit enfin. Le troisième jour s’avéra décisif. Bien au-dessus de la grotte, dans un couloir vertical abrupt, les sauveteurs repérèrent une trace de pas à peine marquée, fraîche. Trop récente pour dater de cinq ans. Trop légère pour appartenir à un adulte. Quelques heures plus tard, enfoui sous des pierres instables, ils mirent au jour un petit pendentif en forme d’étoile. Celui qu’Élise portait toujours. Celui qu’elle n’enlevait jamais.

Puis vint la découverte qui fit taire toute la montagne. Sur une corniche dissimulée par des broussailles sèches reposait une trousse de premiers secours en métal, rouillée mais placée avec soin. À l’intérieur : des bandages, des restes de médicaments… et un message soigneusement protégé dans du plastique. Lenoir le déplia. Le tracé hésitant ne trompait pas : Antoine avait écrit ces lignes, laissant derrière lui une supplique dont le sens annonçait des révélations imminentes.

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