…se préparait mentalement à des révélations dont personne n’était certain de vouloir entendre la teneur réelle.
Mais la montagne, elle, refusait obstinément de livrer ses secrets. La fissure repérée ne dépassait pas cinquante centimètres de large ; elle s’enfonçait à pic dans la roche, tout en s’élevant bien au-dessus de leurs têtes comme une cicatrice verticale. Selon certaines hypothèses, Antoine Rivas aurait tenté une descente à proximité — en quête d’un abri ou d’un passage plus sûr — et se serait retrouvé piégé avec Élise Vautrin par un enchaînement fatal de circonstances.
Pourtant, Philippe Lenoir releva très vite plusieurs incohérences troublantes. Le sac retrouvé présentait étonnamment peu de traces de chocs. Quant à la carte, elle portait un marquage récent au crayon, absent des copies étudiées lors de l’enquête de 2020. Il resta un instant silencieux, puis laissa échapper :
« Ça ne colle pas.
S’il a ajouté ce repère après s’être perdu… dans quel but ? »
La réouverture du dossier se transforma rapidement en dédale d’hypothèses contradictoires. Le lendemain à l’aube, en s’enfonçant davantage dans la crevasse, l’équipe mit au jour un élément qui bouleversa totalement la compréhension de l’affaire.
Dès les premières lueurs du jour, les sauveteurs entamèrent leur descente. La faille avalait les cordes comme la lumière de leurs lampes. Huit mètres plus bas, ils distinguèrent un morceau d’étoffe rouge : un fragment de la veste d’Antoine Rivas. Il n’avait pas été arraché par une chute, mais déchiré avec soin, comme déposé volontairement.
« Il balisait son passage, » observa Philippe Lenoir.
« Il voulait qu’on le retrouve. »
Trois mètres plus bas encore, une autre anomalie apparut : un emballage métallique de ration alimentaire, dont la date de péremption dépassait de deux ans celle de la disparition.
« Quelqu’un a pu survivre ici ? » souffla un technicien.
« Ou quelqu’un les a découverts, » répondit Lenoir, sombrement.
« Et s’est tu. »
La fissure s’élargissait ensuite en une cavité irrégulière. Sous une épaisse couche de poussière reposaient les vestiges d’un campement de fortune : couverture thermique, boîte vide, fragments de corde… et, détrempé dans un angle, un second carnet. Beaucoup de pages étaient irrémédiablement détruites, mais quelques mots subsistaient encore, pâles et tremblés, annonçant des révélations à peine lisibles.
