« Je ne peux plus bouger. Elle doit rester… » — la dernière note d’Antoine, dépliée d’une main tremblante dans la trousse de secours

Bouleversant et injuste, l'espoir refuse de mourir.
Histoires

Cinq années s’étaient écoulées depuis la disparition d’Antoine Rivas et de sa fille de neuf ans, Élise Vautrin, et les sommets donnaient l’impression de les avoir engloutis pour de bon.

L’affaire avait saturé l’actualité en 2020, lorsqu’une promenade annoncée comme brève et sans danger, au cœur des Pyrénées françaises, s’était dissoute dans un silence angoissant. Les semaines, puis les mois, avaient passé sans le moindre indice : aucune observation, aucune trace exploitable. Peu à peu, les autorités avaient mis un terme aux recherches, presque à voix basse. Les proches, eux, s’accrochaient à une espérance fragile : et si — hypothèse ténue — Antoine avait choisi de disparaître volontairement pour recommencer ailleurs ? D’autres murmuraient une explication plus sombre, celle d’une chute invisible, quelque part sur une arête inaccessible du massif.

Les années suivantes s’étaient étirées sans événement notable.

Jusqu’à la fin du mois d’août, quand un couple catalan, engagé sur un sentier rarement emprunté près de la Brèche de Roland, remarqua une anomalie qui rompit l’uniformité de la roche grise. L’homme se pencha, dirigea la lampe de son téléphone vers une fissure étroite, puis se figea.

— …C’est un sac à dos, souffla-t-il, sans oser le saisir.

Sa compagne écarta la poussière d’une étiquette délavée. À la lecture du nom, leurs estomacs se nouèrent instantanément.

Antoine Rivas.

La réaction fut immédiate. Les clichés furent transmis à la gendarmerie et, quelques heures plus tard, un hélicoptère déposait sur place une équipe de secours spécialisée. Le capitaine Philippe Lenoir, déjà engagé cinq ans plus tôt dans les recherches d’Antoine et d’Élise, ouvrit le sac avec précaution, protégé par des gants. À l’intérieur : une gourde cabossée, des restes de provisions, une carte froissée… et un objet qui lui glaça le sang : le carnet bleu d’Élise, reconnaissable entre tous depuis l’enquête initiale.

La tempête médiatique se ralluma aussitôt. Les journalistes affluèrent aux accès de la zone, tandis que la famille, rattrapée par ce passé figé dans la pierre, se préparait malgré elle à entendre des réponses dont elle ignorait encore si elle souhaitait réellement les connaître.

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