« J’en ai assez de t’entretenir » a tonné Antoine, croisant les bras en annonçant avoir déjà déposé une demande de divorce

Ce silence méprisant cache une humiliation intolérable.
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…conformément à l’article trente-six du Code civil, les biens reçus par donation, succession ou toute autre acquisition à titre gratuit demeurent la propriété personnelle de l’époux qui les a perçus. Ils n’entrent pas dans la masse partageable.

Antoine se laissa retomber sur son siège comme si on venait de lui porter un coup violent. Sa belle-mère enfouit son visage dans ses mains.

— Mais nous divorçons… balbutia-t-il d’une voix rauque. Puisque nous divorçons… cela signifie que je n’aurai rien ?

— Tu conserveras ce que tu as toi-même gagné, répondit Sophie avec calme. Ton appartement et ta voiture.

— Sophie, ne fais pas ça. Huit ans de vie commune… Tu n’as donc aucune pitié ?

Elle le fixa sans ciller.

— Quelqu’un t’a-t-il plaint lorsque tu m’as traitée de pauvre incapable ?

— J’ai parlé sous le coup de la colère. Pardonne-moi. Nous n’avons pas besoin de divorcer.

— Si, Antoine. Ce jour-là, tu as révélé qui tu étais vraiment. Dès que tu as cru que je n’avais rien, tu m’as mise à la porte.

— Je ne savais pas pour l’héritage !

— Justement. Tu aimais l’argent… un argent dont tu pensais que je ne possédais pas.

Il ne saisit même pas l’ironie de ses mots et poursuivit, presque suppliant :

— Réfléchis. Nous avons un logement, une voiture, nous pourrions vivre confortablement…

— Grâce à mes moyens ?

— Enfin… aux nôtres.

— Il n’y a plus de “nous”, Antoine. C’est toi qui l’as affirmé.

Après une courte suspension, la juge prononça sa décision. Le mariage unissant Antoine Petrovic Morozov et Sophie Vitalievna Morozova était dissous. Les biens acquis pendant l’union resteraient à la personne à laquelle ils étaient enregistrés. Quant à l’héritage reçu par Sophie Vitalievna, il demeurait exclu de tout partage.

— L’audience est levée.

Antoine resta immobile, les yeux rivés au sol. Sa mère reniflait discrètement. Camille passait d’un regard embarrassé de son frère à Sophie.

— Antoine Petrovic, dit cette dernière en se tournant vers celui qui était désormais son ex-mari, je te souhaite de rencontrer une femme qui t’aimera pour ton caractère.

— Sophie, ne pars pas ainsi… tenta-t-il.

— Pourquoi pas ? Tu disais toi-même que tu serais enfin libéré de moi.

— J’ai changé d’avis !

— Pas moi.

Elle quitta la salle d’un pas assuré, la tête haute. Dans son esprit, Antoine n’était déjà plus l’homme avec qui elle avait rêvé d’un avenir, mais quelqu’un qui avait lui-même brisé ce futur commun. Dehors, la lumière dorée de l’automne baignait le parvis. Sophie sortit son téléphone et composa un numéro.

— Bonjour, Sophie Vitalievna à l’appareil. Vous m’aviez parlé d’une maison à la campagne… Oui, je suis prête à la visiter.

Antoine, lui, resta devant le palais de justice avec sa mère et sa sœur. Sa mère se lamentait :

— Antoine Petrovic, qu’as-tu fait ? Vingt-trois millions d’euros !

— Maman, comment aurais-je pu le deviner ?

— Tu aurais dû mieux connaître ton épouse, répliqua Camille avec sévérité. Huit années de mariage, et tu ignorais tout de sa famille.

— Elle ne racontait rien…

— Parce que tu ne posais jamais de questions. Tu ne pensais qu’à toi.

Il se tut. Elle avait raison. En huit ans, il ne s’était jamais intéressé à ses racines, à ses proches, à son passé. À ses yeux, elle n’était qu’une femme effacée, sans attaches ni importance.

Un mois plus tard, Antoine apprit que Sophie avait acquis une maison hors de la ville et décroché un poste dans une galerie d’art. Ils se croisèrent par hasard dans un café. Elle paraissait plus jeune, plus lumineuse.

— Sophie… dit-il en s’approchant de sa table.

— Antoine, répondit-elle d’un signe de tête poli.

— Comment vas-tu ?

— Très bien. Je travaille beaucoup et j’aménage la maison.

— Écoute, je voulais te demander…

— Non, coupa-t-elle doucement. Quelle que soit ta question, la réponse est non.

— J’ai changé, tu sais !

— Tant mieux pour toi. Mais cela ne me concerne plus.

Elle se leva, régla son café et sortit sans se retourner. Antoine demeura seul, comprenant enfin qu’il n’avait pas seulement perdu une épouse fortunée, mais la femme qui, pendant huit ans, l’avait soutenu, aimé et cru en lui. Quand il l’avait jugée inutile, il l’avait chassée sans remords.

Désormais, Sophie vivait dans sa propre maison, exerçait un métier qui la passionnait, voyageait à son gré. Antoine, lui, comptait chaque euro en rêvant de revenir en arrière. Mais le temps ne s’inverse pas, pas plus que ne renaît la confiance d’un cœur trahi.

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