« J’en ai assez de t’entretenir » a tonné Antoine, croisant les bras en annonçant avoir déjà déposé une demande de divorce

Ce silence méprisant cache une humiliation intolérable.
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Le visage d’Antoine se décomposa davantage encore. Sa mère porta la main à sa poitrine comme si l’air venait à lui manquer, tandis que Camille secouait la tête avec une incrédulité manifeste.

— C’est impossible ! explosa Antoine. Pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de tout cela ?

— Pour quoi faire ? répondit Sophie d’un ton égal. Tu m’as toujours présentée comme une pauvre fille sans ressources. À quoi bon discuter d’argent avec quelqu’un qui me considérait comme fauchée ?

— Mais… nous avons engagé une procédure de divorce ! Enfin… nous sommes en train de divorcer !

— Certes. Toutefois, l’héritage m’est parvenu alors que nous étions encore mariés. Et la loi est claire : ce qui est reçu par succession demeure la propriété exclusive de l’héritier.

Antoine tenta de reprendre ses esprits. La veille encore, il se félicitait intérieurement de se libérer d’un mariage qu’il estimait pesant, persuadé de ne rien y perdre. En l’espace de quelques minutes, il comprenait qu’il laissait échapper une fortune.

— De… de quel montant parle-t-on ? balbutia-t-il d’une voix enrouée.

— L’appartement du centre-ville est estimé à environ huit millions d’euros, la maison de campagne à deux millions, et le dépôt bancaire à un million et demi. Cela représente au total onze millions et demi. La part que tu imaginais obtenir s’élèverait à cinq millions sept cent cinquante mille euros.

Les chiffres tombèrent dans la salle d’audience comme un coup de tonnerre. Camille chercha son souffle, la mère d’Antoine s’éventa avec un dossier tremblant.

Soudain, Antoine adopta un ton mielleux :

— Sophie, voyons… peut-être pourrions-nous prendre le temps de réfléchir. Rien ne nous oblige à précipiter les choses, n’est-ce pas ?

— Si, répondit-elle sans hésiter. C’est toi qui affirmais ne plus vouloir subvenir aux besoins d’une épouse sans fortune. Et j’ai déjà mandaté un avocat pour la liquidation du régime matrimonial.

— Un avocat ? Lequel ?

— Le même que celui qui t’a assisté pour introduire la demande en divorce. J’ai découvert qu’il était particulièrement compétent.

Un silence pesant s’installa pendant que la juge examinait minutieusement les pièces que Sophie venait de déposer. Antoine pianotait nerveusement sur le bois de la table. Sa mère murmurait des protestations à voix basse, et Camille se penchait vers son frère pour lui souffler des conseils fébriles.

Brusquement, Antoine se leva.

— Madame la juge, je souhaite retirer ma demande de divorce.

— Trop tard, trancha Sophie avec assurance. Je consens à la dissolution du mariage et je maintiens ma requête concernant le partage des biens communs.

— Nous pourrions en discuter à la maison, tenta-t-il encore.

— Il n’y a plus rien à discuter. Tu as dit toi-même que tu voulais te débarrasser de la « pauvre ».

À la demande de la magistrate, les parties furent invitées à produire les justificatifs définitifs de propriété. Sophie se leva calmement et sortit d’autres documents de son dossier.

— Outre les biens déjà mentionnés, hérités de ma tante Madeleine, il existe un second appartement provenant de la même succession, annonça-t-elle posément.

Antoine releva brusquement la tête, les yeux agrandis par la stupeur.

— Un autre logement, un trois-pièces situé en plein centre-ville, poursuivit-elle en déposant les actes sur le bureau. Ma tante possédait deux appartements. Elle me les a légués tous les deux.

Le teint d’Antoine vira au blanc cireux. Il demeura figé, incapable d’articuler le moindre mot.

— C’est invraisemblable… d’où sort une tante aussi riche ? murmura sa mère, abasourdie.

— Je ne me vante pas de ce que je possède, contrairement à certains, répondit Sophie avec calme. Les preuves sont devant vous.

La juge vérifia soigneusement les sceaux, les signatures et les références cadastrales.

— L’appartement situé au numéro dix-sept de la rue concernée appartenait bien à Madeleine Ivanovna Semenova. Selon le testament, il revient, à son décès, à sa nièce, Sophie Morozova, lut-elle à haute voix.

Les proches d’Antoine, si prompts à ironiser quelques instants plus tôt, baissèrent les yeux. Camille triturait la lanière de son sac, et la mère d’Antoine semblait prête à défaillir.

— Quelle est la valeur de ce second bien ? parvint-il à demander.

— D’après l’expertise jointe au dossier, douze millions d’euros, répondit la juge.

Antoine tenta de parler, mais les mots se brisèrent dans sa gorge. Le total de l’héritage dépassait désormais les vingt-trois millions d’euros.

Soudain, un éclair d’espoir traversa son regard.

— Attendez… puisque cette succession est intervenue pendant notre mariage, la moitié devrait me revenir !

— Vous faites erreur, répliqua la magistrate d’un ton posé. Conformément à l’article trente-six du Code civil…

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